Thé à la menthe et corne de gazelle 5 commentaires


charlie hebdo, thé à la mentheJ’avais 7 ou 8 ans, et je passais la nuit chez ma copine, Ludmiya.

Alors que la pièce était encore dans la pénombre et que les oiseaux commençaient timidement à chanter le lever du soleil, la mère de Ludmiya entra doucement dans la chambre. Elle déposa, sur le lit de son fils, un plateau. Sur ce plateau, il y avait un thé. Un thé fumant au parfum délicieux de sucre et de menthe. Tandis que j’humais ces senteurs qui embaumaient nos visages encore rêveurs, la mère de Ludmiya s’assit sur le lit du grand frère, lui tendant une petite lune blanche et lisse comme comme de la neige. Elle lui caressait les cheveux, chuchotant à son oreille les mots tendres d’une mère. Il croqua dans la lune, une poussière d’étoiles immaculée saupoudra son lit. Il bu l’élixir chaud et odorant. Sa mère l’embrassa, partit en refermant soigneusement la porte de cette chambre de lune, de neige et de vapeurs de menthe.

Je n’ai posé aucune question. J’avais compris que ce thé aux saveurs mentholées accompagné de sa lune blanche entraient dans un culte sacré. Il y avait, dans ce savoir que la mère apportait à son fils, du recueillement, de la délicatesse, et toute la magie d’un rituel qu’ils partageaient dans l’amour et le respect.

Le lendemain de cette nuit étrange, je me suis arrêtée, les yeux emplis d’étoiles, face à une petite pièce montée de Lunes enneigées. les mêmes dans lesquelles il avait croquées cette nuit là. Et toujours ce parfum de sucre et de menthe. J’ai dû rester un bon moment dans la Lune puisque la mère de Ludmiya m’a dit « Ce sont des cornes de gazelle, tu connais? Tu veux goûter? » J’ai timidement accepté, même s’il me brûlait intérieurement de croquer dans ces astres blancs.

Ludmiya demanda à sa mère « Pourquoi on a pas pu en manger hier soir comme N.? » Sa mère répondit , sans plus de précisions « Vous êtes encore trop jeunes ». Je bus mon délicieux thé à la menthe, laissant à mon tour quelques poussières d’étoiles illuminer mes doigts et mes lèvres. J’avais 7 ou 8 ans.

Hier, 7 janvier 2015,  je suis passée devant cette divine pâtisserie algérienne où trônent des pyramides de gâteaux au miel et aux amandes, des croustillants aux pistaches et aux dattes. Depuis quelques heures, une atmosphère cinglante courre les rues de Paris. Deux hommes ont tué 12 journalistes et policiers et en ont blessé d’autres au nom d’un prophète et de leur croyance.

Je suis rentrée dans cette pâtisserie. Je cherchais quelque chose, je ne savais plus très bien quoi; c’était blanc, lunaire…poussière d’étoile…je les ai vues, « Je voudrais une corne de gazelle s’il vous plait ».

En croquant dedans, les saveurs du sucre glace et des amandes m’ont emmenée chez Ludmiya. Dans cette chambre. Dans ce grand appartement empli de fleurs et baigné de soleil, dans cette petite rue parisienne. Au coeur de cette nuit où, la mère et le fils partagèrent un thé à la menthe et une corne de gazelle furtivement avant le lever du soleil. Avant le jeûne. Au coeur d’un souvenir dont je ne m’étais plus jamais rappelé. Avant aujourd’hui.

#jesuischarlie

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